Défendre l’avenir industriel de la centrale de Gardanne : c’était l’objectif du premier déplacement de Sophie Binet, au lendemain de son élection à la tête de la CGT. Trois ans plus tard, Provex, une société détenue à 29 % par les syndicalistes, a réembauché les licenciés et s’apprête à se lancer dans la production de biométhane, grâce à du bois de récupération en fin de vie, début 2028.
Success-story ouvrière
Pour comprendre cette success-story, il faut remonter à l’annonce par Emmanuel Macron, en 2018, de l’arrêt de la production d’électricité à base charbon en France. « En 2019, Daniel Kretinsky, qui vient de racheter les centrales avec GazelEnergie, annonce un plan de licenciement touchant 249 emplois, dont 98 à Gardanne », détaille Jean‑Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT de la centrale. Quarante-huit salariés sont sous le coup d’un licenciement économique.
Les syndicalistes répondent rapidement : ils créent l’association des travailleurs de la centrale de Gardanne pour financer des études (subventions, campagne de souscription auprès de la CGT). Les réflexions aboutissent à un projet de production de biométhane grâce à un procédé industriel de pointe pour transformer du bois de récupération en fin de vie en conjuguant pyrolyse et méthanation, sans incinération.
En parallèle, les syndicalistes maintiennent la pression sur l’entreprise GazelEnergie et sur l’État en organisant l’occupation permanente, pendant six semaines, de la centrale, dont la sécurité n’était plus assurée du fait du trop grand nombre de licenciements.
Le 4 avril 2022, la préfecture et GazelEnergie signent un protocole qui acte la reprise, au statut des industries électriques et gazières, des salariés licenciés, d’ici à août 2023 – la fin de leur période de reclassement. Mais en janvier 2023, les syndicalistes ne voient rien venir et tirent la sonnette d’alarme.
L’intervention de Sophie Binet, en avril, est décisive : dans son sillon, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, accepte de prolonger de vingt-huit mois la période d’accompagnement qui permet aux salariés de toucher 65 % de leur salaire.
Provex, les nouveaux « Fralib » de Gardanne
Après dix ans de lutte, les cégétistes de la centrale de Gardanne ont mis sur pied un projet industriel de production de biométhane, obtenant l’embauche des salariés licenciés en 2021. L’écologie n’est pas forcément synonyme de destruction d’emplois.
Participer à la transition écologique
Provex est créée le 31 juillet 2025. Son capital appartient à 29 % à la société de production d’énergie gardannaise, filiale de l’ACTG, à 20 % à GazelEnergie, et à 51 % à la société Gazotech. En novembre 2025, les 27 salariés licenciés par la centrale et encore sur le carreau y sont réembauchés. Les permis d’exploiter devraient être déposés à l’automne 2026, pour un démarrage des travaux dix mois plus tard.
« Notre lutte montre qu’on peut participer à la transition écologique, mais pas au détriment de l’emploi. On a mené une grève de treize mois en 2018, on a réussi à maintenir l’activité en s’inspirant des autres expériences du département – les Fralib, la CPMM, la Réparation navale de Marseille. Et en plus, on participe à l’autonomie énergétique du pays », liste Jean‑Michel Roccasalva.
En butte à des critiques de la Cour des comptes sur le coût, pour le contribuable, du soutien à l’entreprise de Kretinsky – au moins 800 millions d’euros sur huit ans – et à celles d’associations écologistes, qui redoutent les conséquences néfastes de l’exploitation du bois pour les forêts, il répond :
« Si l’on n’avait pas pris l’initiative de ce projet, on n’existerait plus. Nous voulons rester le plus longtemps possible dans les instances de décision, pour savoir ce qu’il s’y passe. Quant aux dividendes, prévus à partir de 2030, ils serviront à financer des projets industriels et les études nécessaires à leur émergence. Nous aimerions travailler à la réponse à de petits projets de développement d’énergie. Et ainsi mieux prendre en considération les enjeux écologiques, contrairement à GazelEnergie qui n’en a que faire. On veut être l’épine dans leur pied. »
Article publié dans Le Peuple Quotidien #4 du 54e congrès

