Dans la Loire, les salariés de JDE Peet’s ont débrayé deux semaines fin septembre 2025. À la clé : 160 euros de hausse générale et une prime exceptionnelle. Mais le mouvement a aussi engendré un élan de solidarité toujours vivace entre les salarié·e·s.

L’effet durable de la grève, c’est la solidarité

La grève nous a fait nous rencontrer, nous qui ne faisons que nous croiser car nous travaillons en 5-8 ou en 3-8. Depuis, il y a plus de communication, plus de cohésion » constate Patrice Badiou, syndiqué CGT sur le site de JDE Peet’s Andrézieux, dans la Loire (350 salariés, 150 intérimaires).

Fin septembre 2025, 90 % des équipes de production et de maintenance de cette usine de fabrication d’opercules en métal de capsules de café et de paquets de café moulu ont débrayé.

Deux semaines de mobilisation qui ont été payantes : les salariés ont obtenu une augmentation de salaire de 160 euros brut mensuels et une prime de 1500 euros.

Ces conquêtes ont suscité l’enthousiasme parmi les salariés. Le syndicat CGT, à peine créé à l’époque, compte à présent une cinquantaine d’adhérents. Une liste sera d’ailleurs présentée aux élections  professionnelles  prévues en octobre 2027.

Un piquet 24 h/24

En 2025, les salariés dénoncent la faiblesse des salaires, au regard des conditions de travail : « Le rythme est difficile : on vit en décalé, on est debout la nuit, on mange en dehors des heures de repas, on a des soucis de santé… Le salaire n’était vraiment pas aligné avec ces conditions  de  travail »,  témoigne  Azzedine  Amzrar, ouvrier dans l’entreprise depuis quinze ans.

En parallèle, les salariés découvrent les résultats du groupe coté en bourse : « Au premier semestre 2025, les bénéfices de JDE Peet’s ont été de 422 millions d’euros, alors que nos salaires ont augmenté de 1,5 % cette année. Les actionnaires ont reçu 250 millions d’euros sous forme de rachat d’actions et, nous, on a eu 250 euros de chèques vacances. D’autant que notre seule usine représentait 20 à 25 % des bénéfices du groupe ! » s’agace Patrice Badiou.

Un courrier des élus CFDT et des syndiqués CGT est d’abord adressé à la direction, puis une rencontre a lieu, laquelle s’est avérée insatisfaisante : la direction propose 50 euros brut d’augmentation, quand les syndicats en demandent 250.

« La réponse unanime des salariés a été de durcir le mouvement. À partir du 30 septembre, on a bloqué tous les camions qui amenaient des matières premières ou repartait avec la production », rappelle le syndiqué CGT. Dans l’unité syndicale, pendant deux semaines, un piquet de grève s’est tenu 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

La direction fait établir un constat d’huissier et assigne les grévistes en justice pour « atteinte au droit d’entreprendre », mais la juge autorise le blocage le temps qu’une médiation s’opère. Deux jours plus tard, un accord est signé avec la direction…

40 embauches prévues

À l’issue de la grève, la fin d’année 2025 n’est pas un long fleuve tranquille : Patrice Badiou pointe un climat tendu avec la direction et la disparition d’avantages traditionnellement octroyés par celle-ci :

  • repas de noël ;
  • chèques cadeaux ;
  • calendrier de l’avent de capsules de café…

« On sait que ce sont des cadeaux et que la direction est en droit de revenir dessus, mais le timing a fait penser à des représailles », indique Patrice Badiou, qui pointe aussi des « contrats d’intérimaires de proches de grévistes non renouvelés ».

L’année 2026 débute de façon plus apaisée.

Depuis le 1er avril, le rachat de JDE Peet’s par Keurig Dr Pepper est effectif. Le syndicat CGT est attentif au taux de précarité dans l’entreprise, qui a recours à l’intérim. « Nous suivons cela de près mais, pour l’heure, on se félicite que l’entreprise ait prévu un plan d’embauche de 40 personnes cette année, dont une majorité de titularisations d’intérimaires », ajoute-t-il.

Article du Peuple quotidien spécial congrès