Après un très long combat émaillé de grèves, la majorité des musiciens de l’orchestre symphonique du Centre-Val de Loire va être embauchée en CDI à temps plein. Un soulagement.
C’est un très combat long de presque quatre ans qui va bientôt prendre fin
Au 1er juillet, la région Centre-Val de Loire devrait être dotée d’un orchestre symphonique permanent grâce à la création de 32 postes de musiciens et musiciennes en CDI à temps plein. Ces derniers étaient jusqu’alors embauchés par la ville de Tours avec un statut de CDD d’usage.
Pour Matthieu Randon, secrétaire du Stam-CGT, le Syndicat tourangeau des artistes musiciens, cette lutte contre un statut précaire remonte même à 2018. « Nous avions obtenu une augmentation de 36 % des salaires de base, au motif que la convention collective n’était pas appliquée », se remémore-t-il.
L’activité de l’orchestre est ensuite fortement impactée par les mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Mais la situation ne s’améliore pas après la crise. « Nous sommes passés de 61 concerts pendant la saison 2017-2018 à seulement 36 en 2022-2023, explique Laura Perrine-Martin, joueuse de hautbois dans l’orchestre et secrétaire adjointe du Stam-CGT. C’était terrible d’un point de vue financier puisque nous étions payés au cachet, mais aussi musicalement. Comment maintenir un groupe qui ne travaille pas ? »
Boycott, sondage et trahison
Une première alerte est lancée en décembre 2022. Les musiciens de l’orchestre symphonique tourangeau se rassemblent devant le conseil régional, à Orléans, pour réclamer l’obtention de CDI, comme c’est le cas dans les autres orchestres en France. Plusieurs mouvements de grève suivront. « Nous avons eu des réunions avec les organismes de tutelle, mais chacun attendait que l’autre se mouille pour augmenter le budget », constate Matthieu Randon.
Finalement, en juin 2023, les musiciens posent leurs instruments devant un public déjà installé à l’Opéra. Puis une représentation de la Cinquième Symphonie de Beethoven est annulée en décembre. Le syndicat se bat ensuite pour qu’un sondage soit organisé auprès des 51 musiciens afin de connaître leur souhait pour l’avenir. Ils sont 31 à revendiquer un CDI à temps complet. « Et puis, en mars 2024, c’est un coup de Trafalgar. Les tutelles annoncent à grand renfort de communication un pacte pour le Grand Théâtre-Opéra de Tours qui prévoit un budget supplémentaire de 650 000 euros en 2024, mais ne propose que des contrats en CDD à temps partiel, contrairement aux engagements pris par l’adjoint au maire. » Le Stam-CGT crie à la « trahison » et l’orchestre se met de nouveau en grève le 15 mars.
Pour un véritable service public culturel
« Nous avons demandé à la ville de mandater le directeur de l’Opéra pour élaborer avec nous un projet viable, raconte Matthieu Randon. Alors qu’un cabinet d’experts avait jugé que les coûts s’élèveraient à trois millions, nous avons démontré qu’avec une rallonge de 850 000 euros et la participation de cinq partenaires – dont la métropole, qui ne versait aucune subvention –, cela était réalisable. Et que cela permettrait de donner 141 concerts par an, dont 54 scolaires, sur toute la région. »
Un véritable service public culturel en somme. Le dernier conseil municipal de décembre 2025 valide la création de 32 postes musiciens à temps plein et de cinq postes administratifs, dont un chef d’orchestre. Reste, d’ici au 1er juillet, à modifier le règlement intérieur de l’Opéra pour l’adapter au nouveau statut d’agent municipal des musiciens concernés.
Quant à ceux n’ayant pas souhaité bénéficier d’un CDI, ils demeureront intermittents du spectacle. Pour Laura Perrine-Martin, cet épilogue représente un grand soulagement. « Quatre années de bataille, c’est difficile psychologiquement, confie-t-elle. On ne savait pas si on allait continuer à vivre de notre métier. Aujourd’hui, les musiciens recrutés à temps plein qui n’habitaient pas à Tours cherchent un appartement ou une maison pour s’y installer. C’est une dynamique positive. Et attendre une saison musicale à temps plein, cela nous change ! » Matthieu Randon s’en réjouit lui aussi, tout en soulignant que « syndicalement, on a fait tout le boulot des services administratifs et des politiques. Sans cette mobilisation, l’orchestre aurait disparu. »
Article publié dans le HS du Peuple congrés du lundi 1 juin

